Après ma virée printanière dans l’Aveyron, où je suis à jamais tombée sous le charme des orchidées sauvages, j’imaginais pouvoir poursuivre ma quête avec des espèces estivales durant nos vacances d’été en Irlande. Cette île compte de nombreuses espèces et, vu le climat plus frais et pluvieux en été je pensais avoir de bonnes chances de même trouver quelques espèces printanières retardataires en juillet. Hélas la réalité des vacances en famille m’a vite rappelé que ce contexte n’est guère favorable aux prospections naturalistes.
De retour en Creuse la saison des orchidées françaises étant quasiment terminée, j’étais déterminée de trouver au moins celle qui clôture la saison, la spiranthe d’automne. Mes recherches ont montré que les stations les plus proches de la Creuse se trouvent dans le Puy de Dôme.
Donc un beau matin de septembre me voilà partie à la recherche de la dernière orchidée de l’année.
Composée d’une rosette latérale de petites feuilles à sa base et une tige florale qui ne dépasse pas les 15 cm, la spiranthe d’automne est une petite merveille qui cache bien son jeu. Il faut s’approcher pour voir les détails de cette beauté très originale: Des petites fleurs blanches lavées de vert qui sont arrangées en colimaçon autour d’une fine tige duveteuse.

Après 2 heures de prospections infructueuses dans un secteur qui me semblait pourtant prometteur je me rends à l’évidence: Même en sachant que cette espèce affectionne les prairies sèches et calcaires, la recherche d’une plante aussi petite et aussi discrète sans localisation précise est un énorme un défi.
Je tente ma chance dans une autre prairie plus sèche quand tout à coup quelque chose couleur verte décolle à ma droite. Je me dirige vers l’endroit où la bête à atterrie, pas besoin de la voir, je l’ai reconnu tout de suite. Et pourtant jamais de ma vie j’aurais pensé de la croiser ici, à presque 1000 m d’altitude! Comment fait-elle pour passer l’hiver ici? C’est une espèce thermophile! Pourtant je ne me suis pas trompée, il s’agit bien d’une mante religieuse, un beau mâle bien vert! Un individu perdu? J’essaie de lui tirer le portrait, mais il n’est pas très coopératif, il se déplace régulièrement par petits vols de 5 ou 10 mètres. Tout à coup j’ai l’impression qu’il y a un autre, puis un 3ème…..ma théorie d’un mâle égaré en quête de territoire s’effondre. Je suis le trajectoire du dernier et….. j’ai failli marcher dessus, à quelques centimètres de la mante posée dans l’herbe il y a mon premier pied de spiranthe!

Je ne vois pas le reste de la journée passer dans cette belle prairie, je trouve d’autres pieds de spiranthe, entre 15 et 20, ce n’est pas une très grande station, mais je suis aux anges! Avec d’autres mantes en bonus, y compris des juvéniles, il est évident qu’il s’agit bien d’un site de reproduction. Regardez ce petit bébé:

Contrairement à certaines de ses cousines qui s’évanouissent dans les sous-bois, la spiranthe est une espèce de pleine lumière, ce qui rend sa photographie sous la lumière dure d’une journée très ensoleillée assez compliquée.

Le week-end suivant je suis de retour, j’ai réservé une chambre sur place, ainsi je peux être sur le terrain tôt le matin et en fin de journée quand la lumière est plus douce. Pendant les heures les plus chaudes je pars prospecter dans un autre secteur.

Malheureusement je ne trouve pas de spiranthes sur cet autre site, par contre des mantes il y en a partout. Mâles, femelles, juvéniles. Aussi étonnant que cela puisse paraître pour une espèce thermophile, visiblement le climat rude de la montagne auvergnate à plus de 800 mètres d’altitude convient très bien à l’espèce.
Voilà une femelle facile à reconnaître avec son gros abdomen.

Et voilà un individu de forme marron, les populations de mantes sont capables de s’adapter à leur environnment:

J’ai également rencontré un individu vert pâle, un mâle, malheureusement incapable de voler à cause d’une aile malformée

Pour l’ensemble de la série c’est par ici: https://karinswildlifediaries.org/fr/?post_type=jetpack-portfolio&p=5176
Que de belles photos et de poésie dans tes commentaires.
On ressent tes émotions !!
Bravo Karin et merci pour le partage.
PS. J’ai un chat à la maison qui délaisse les oiseaux par contre papillons et mantes il court après pour mon grand désespoir.
Les mantes sont tellement belles à photographier.je ne les ai plus photographié depuis 6.7 ans .
Que le temps passe vite
Un grand merci Jean-Paul! Oui, je m’étais bien amusée, ce sont les plaisirs de partir en quête sans trop savoir si on trouvera ou non. Mais dame nature nous réserve toujours des belles surprises! Quel bonheur que tu as des mantes dans ton jardin! En Creuse elles restent plutôt rares, même si un copain en a eu dans son jardin il y a 2 ou 3 ans. Mais il ne les a pas revues l’année suivante.
à bientôt j’espère